Où serez-vous dans cinq ans ?

La question paraît bateau.

Elle est plus profonde qu’au premier regard.
J’apprends que M. Honda, propriétaire et fondateur d’une entreprise fabriquant des moteurs à deux temps pour tondeuses, un jour s’enferma dans son bureau pendant plusieurs jours. Là, il écrivit.
Personne ne sut jamais le détail de ce qu’il écrivit (où alors l’histoire ne le dit pas), mais en gros, pendant ces quelques jours, M. Honda "décida" qu’au bout de 25 ans, il voulait par dessus tout que son entreprise devienne celle que ce nom de famille évoque pour tous.
Le monde de l’entreprise industrielle connaît ses héros, et ils en sont, avec leurs génies.

L’histoire pose la question : où voulez-vous être dans cinq ans ? Non pas ce que, dépourvus de toute contrainte, vous voudriez être, mais bien très concrètement, quel est le chemin que vous voulez absolument avoir parcouru d’ici cinq ans.

Je me pose la question à l’envers, ce soir. Où voulais-je être il y a cinq ans, par dessus-tout ? Me suis-je donné les moyens d’y arriver ? Y suis-je arrivée ?
Il y a dix ans, où voulais-je être ? Et il y a quinze ans ? Vingt ? Vingt-cinq ?

Je reviens en arrière dans ma réflexion. En entendant l’histoire de M. Honda, j’ai eu une pensée instinctive : M. Honda, au-delà de sa détermination entrepreneuriale et son génie industriel, était un sacré obsessionnel, qui a dû tout sacrifier sur son chemin, tout écraser, tout sacrifier à ce projet. Est-ce qu’un projet à cinq, dix, quinze, vingt ou vingt-cinq ans justifie un tel sacrifice ? La vie n’est pas une ligne, mais un grand paysage, avec de nombreuses possibilités de passages. Parfois, on se trompe. Parfois, on ne se trompe pas, mais la vie offre d’autres choses, ou au contraire finalement met de tels obstacles, que le prix vital à payer devient si exorbitant, que l’horizon en change d’aspect. Parfois, on trouve sur son chemin des petits cailloux qui nous font découvrir d’autres chemins, et la joie du chemin finalement prend le pas sur le chemin lui-même. Parfois, la mort prive le but de son sens, en n’en donnant qu’à la façon de marcher.

Je n’ai jamais eu le côté visionnaire de M. Honda. Ni la volonté ou le désir de tout sacrifier à mon projet, quel qu’il soit. J’ai toujours préféré adapter mon projet aux circonstances, à mon entourage, au bonheur de mon entourage, ou du moins à tenter d’agir ainsi. Est-ce un projet quinquennal ? Bof.
Assurément, je ne suis jamais arrivée là où je me projetais autrefois.

Et aujourd’hui ? où me vois-je dans cinq ans ? Ce n’est pas si long, cinq ans. Eh bien, je n’en sais rien. J’avoue que c’est le mystère le plus total. Ce que je voudrais par dessus tout ?

Un peu de sérénité.
Non, ça c’est un surplus. Par dessus tout, d’être juste quelqu’un de bien, comme dit la chanson.