La vue de l’esprit

De nombreuses personnes pensent que ce qui est psychosomatique n’est pas « vrai » : en tout cas, je l’entends souvent dire. Une souffrance psychique n’est pas considérée comme une vraie souffrance, pour beaucoup de gens il y a quelque chose de coupable, comme si c’était du théâtre. Et par conséquent, des symptômes physiques psychosomatiques le sont aussi, du théâtre : « c’est des faux malades ».

Pourtant, ce n’est pas une question très compliquée, à la base. L’être humain est un et indivisible (en tout cas ici bas : je ne rentre pas dans des discussions théologiques), le psychique ce n’est pas dans les pieds qu’il se développe, mais dans le même cerveau qui sert d’unité centrale au corps. Et pourquoi alors ce ne serait pas partie prenante d’à peu près toutes les maladies ? Pourquoi culpabiliser les maladies psychosomatiques ?

Une souffrance psychique est une véritable souffrance. C’est même souvent une souffrance plus forte que celle physique, car elle ne quitte jamais sa victime, et même si on s’habitue à elle et on arrive à l’ignorer, elle reste là, à modeler nos actes et notre vision.

Et à modeler notre corps, aussi : ces souffrances nous accompagnent souvent très, très longtemps. Et pas que les souffrances : les désirs, les bonheurs, les émotions en tout genre nous poussent à agir de telle ou telle façon. L’émotion reste chez l’adulte un moteur important, même si dès l’adolescence, la raison vient recouvrir tout ça, genre paravent.

Le psychisme, forcément, nous rend plus faibles face à certaines attaques de la vie, y compris de microbes et autres bébêtes. Telle personne sera plus faible de la gorge, peut-être aussi parce que les fonctions symboliques que tel organe recouvre lui parlent de façon particulière. Ça me semble évident.

Mettons une personne qui a mal au dos, parce qu’il traverse un période moralement lourde. L’effort est plus moral que physique. Pourtant le mal est bien là, et que la cause soit morale n’enlève rien à la nature strictement physique et fonctionnelle de la douleur. Comment ça se passe ? Peut-être que cette personne « mime », de façon presque invisible, l’effort physique équivalent à l’effort moral qui lui est demandé, en crispant les muscles, en raidissant le dos : d’où les mêmes douleurs que si il avait trop sollicité son dos, car dans les faits, c’est bien ce qui s’est passé.

Doit-on penser que c’est du pipeau ? Qu’il joue la comédie ? Que c’est un faux malade ? Je ne le crois pas. Justement, je crois que nous sommes tous fait d’un seul tenant, et que penser le physique séparément du psychique, c’est une grosse bêtise, équivalente à conduire une voiture en mettant une main devant ses yeux. À un moment ou un autre, à ne pas vouloir y regarder, on finit par avoir un accident.