Nausée et mains sales

Comment ceux qui ont été censurés, empêché de parole, d’expression, du droit d’être, de penser, de croire ce qu’ils ressentaient au plus profond d’eux-mêmes peuvent-ils aujourd’hui à leur tour vouloir nier ce droit à d’autres, sous prétexte qu’ils ne sont pas d’accord avec eux ? Comment ceux qui ont été emprisonnés, torturés de par leurs convictions, opinions, croyances, parce qu’on leur a dénié le droit de les vivre sans détour, peuvent-ils vouloir accuser, emprisonner, ôter ce droit aux autres, simplement parce qu’ils ne partagent pas ces mêmes croyances et opinions ? Ne se rendent-ils pas compte, donc, que voulant bâillonner autrui, c’est leur propre ancien bâillon qu’ils resserrent ? Aujourd’hui, ces anciens opprimés oppriment, et abandonnent leurs concitoyens aux menaces de morts, aux violences, à la peur, au désespoir. Aujourd’hui, déjà, moins de gens que hier auront la force de parler. Demain il y en aura encore moins. _ Après-demain, la liberté d’expression en Tunisie ne sera déjà plus que le souvenir d’un espoir insensé. Ceux qui l’auront étouffé pourront-ils encore se regarder dans une glace ?